Créer une affiche en quelques secondes à partir d’une simple consigne est désormais à la portée de tous. L’intelligence artificielle générative permet d’obtenir rapidement une image spectaculaire, ou une première proposition graphique, sans nécessairement maîtriser les logiciels de création.
Cette facilité est séduisante, notamment lorsque le temps, les moyens humains ou le budget sont limités. Mais une affiche ne doit pas seulement être esthétique. Elle doit transmettre une information clairement, respecter une identité, attirer l’attention du bon public et donner envie d’agir. Or, sur ces différents points, les visuels entièrement générés par l’IA montrent encore de nombreuses limites.
Une image réussie ne fait pas forcément une bonne affiche
Les générateurs d’images savent produire des univers visuels impressionnants.
En revanche, ils maîtrisent moins bien les fondamentaux de la communication graphique :
respect d’une charte graphique, hiérarchie des informations, lisibilité, équilibre de la
composition, cohérence entre le fond et la forme ou adaptation aux différents formats
et supports de diffusion.
Le résultat peut être séduisant au premier regard, mais difficile à lire ou peu efficace une fois imprimé, affiché dans une vitrine ou consulté rapidement sur un téléphone.
Une affiche doit permettre d’identifier presque immédiatement le sujet, la date, le lieu et l’action attendue. Si ces éléments se perdent dans un décor trop chargé, le visuel ne
remplit plus sa fonction.
Les textes générés dans les images restent également une source fréquente d’erreurs.
Lettres déformées, mots inventés, fautes, informations incomplètes ou typographies
incohérentes avec celles déjà présentes ou même encore avec votre charte graphique,
peuvent facilement passer inaperçus lors d’une validation trop rapide.
Même lorsque le texte est ajouté ensuite, une relecture humaine reste indispensable.
Le risque d’une communication « vue et revue »
Autre limite : de nombreuses créations générées par IA commencent à se ressembler.
Lumières très travaillées, couleurs saturées, personnages lisses, paysages idéalisés,
effets cinématographiques ou compositions très démonstratives reviennent
régulièrement.
Ces codes visuels ont longtemps attiré l’attention par leur nouveauté. Mais leur
multiplication peut désormais provoquer une forme de lassitude. À force de voir les
mêmes effets, les publics identifient rapidement une image produite par IA et peuvent
la considérer comme impersonnelle, artificielle ou interchangeable.
Une étude consacrée à l’idéation visuelle a également montré que l’exposition à des
images générées par IA pouvait favoriser une forme de fixation créative : les
participants produisaient moins d’idées, avec moins de variété et d’originalité, lorsqu’ils
s’appuyaient sur une première proposition générée automatiquement.
L’IA peut donc ouvrir des pistes, mais aussi enfermer la création dans les premières solutions proposées.
Une question d’authenticité et de confiance
Dans le tourisme, l’image contribue directement à la promesse faite au visiteur. Un
paysage inventé, une architecture modifiée, une activité représentée dans des
conditions irréalistes ou une ambiance trop embellie peut créer une attente que
l’expérience réelle ne pourra pas satisfaire.
Cette question dépasse la simple esthétique. Elle touche à la confiance accordée à
l’établissement ou à la destination. Une photographie réelle, même imparfaite, peut
parfois être beaucoup plus convaincante qu’un visuel spectaculaire mais artificiel.
Un impact environnemental à ne pas négliger
La génération d’images repose sur des infrastructures informatiques importantes. Elle
nécessite de l’électricité pour faire fonctionner les centres de données, de l’eau pour
leur refroidissement et des équipements matériels dont la fabrication mobilise elle
aussi des ressources.
L’impact précis d’un visuel varie selon le modèle, la résolution, le nombre d’essais et
l’infrastructure utilisée. Les données restent encore difficiles à comparer, faute
d’indicateurs harmonisés et suffisamment transparents. L’ADEME souligne néanmoins
que le développement rapide des usages de l’IA générative s’accompagne d’une
empreinte environnementale croissante.
Le problème tient aussi à la répétition. Pour obtenir une affiche satisfaisante, il est
fréquent de générer dix, vingt ou trente images successives, dont la majorité ne sera
jamais utilisée. Une démarche plus responsable consiste donc à définir précisément
son besoin en amont et à réserver la génération d’images aux situations dans
lesquelles elle apporte une réelle valeur.
L’IA doit rester un outil, pas remplacer la réflexion
Pour autant, il ne s’agit pas de bannir l’intelligence artificielle de la création graphique.
Elle peut être utile pour rechercher une ambiance, imaginer une composition, tester
une palette de couleurs, créer un élément d’illustration ou produire une première base
de travail.
La bonne approche consiste à ne pas lui déléguer l’ensemble du processus. Avant
d’ouvrir un outil, quelques questions simples permettent de mieux cadrer la création :
- Quel est le message principal de l’affiche ?
- À qui s’adresse-t-elle ?
- Quelle information doit être vue en premier ?
- Quel élément réel ou spécifique permet de reconnaître l’établissement ou le territoire ?
- Où l’affiche sera-t-elle diffusée ?
- Quelle action doit effectuer la personne qui la découvre ?
Mettre en garde est bien beau, mais comment remplacer cet outil ?
Canva, une solution accessible pour créer soi-même
Il n’est pas nécessaire de savoir utiliser un logiciel professionnel complexe pour réaliser
une affiche claire et attractive. Des outils simples et gratuits permettent aujourd’hui de
créer ses propres supports en conservant la maîtrise du message.
Canva est l’un des plus accessibles ! Utilisable depuis un navigateur ou une application
sur votre téléphone, il permet de créer des affiches, flyers, publications pour les
réseaux sociaux, présentations, vidéos ou tout autre document à partir de modèles
personnalisables. Il suffit de choisir un format, puis de modifier les textes, les couleurs,
les photographies et les différents éléments graphiques, et ce de façon rapide et
simple.
Une version gratuite est disponible et suffit pour de nombreux usages courants. Elle
donne accès à une large sélection de modèles, de typographies, d’illustrations et
d’outils de mise en page. Certaines fonctionnalités, images et options avancées sont
réservées à la version payante, mais il est tout à fait possible de produire une affiche
complète sans abonnement.
Quelques réflexes pour une affiche efficace
Une affiche réussie ne nécessite pas forcément beaucoup d’effets. Au contraire, la simplicité améliore souvent son efficacité.
Il est préférable de mettre en avant un seul message principal, de limiter le nombre de
typographies (à 2 ou 3 maximum) et de conserver suffisamment d’espace entre les
éléments. Les textes doivent rester courts et contrastés par rapport au fond.
Les informations pratiques doivent être immédiatement repérables. Les lecteurs adoptent une lecture en « Z », veillez ainsi à suivre celle-ci lors de la conception de votre affiche !
Les photographies personnelles sont à privilégier dès que possible. Elles différencient
la communication, valorisent la réalité de l’offre et renforcent la proximité avec le
public. Enfin, avant diffusion, une relecture par une autre personne permet de repérer
les fautes, les oublis et les problèmes de compréhension.
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